« Le complexe du G20″. Edito de R. Koeppel, Die Weltwoche, 6.7.2017

WeltwocheCouverture6.7.2017

Éditorial

Complexe du G20

Voyage inutile à Hambourg du conseiller fédéral Maurer; Schneider-Ammann chez Ivanka Trump; droits de l'homme; interdiction d'entrée.

 

Aucun journal suisse ne voit d'un œil critique la participation officielle du ministre des Finances Ueli Maurer, accompagné du secrétaire d’État Jörg Gasser, ce week-end au sommet du G20 des pays industrialisés à Hambourg. Or ce sera la première fois qu'un membre du gouvernement suisse assiste à une telle réunion. Auparavant, nous n'étions invités qu'aux réunions en amont du G20. Les hautes sphères de notre État en avaient de tels complexes d'infériorité et se sentaient marginalisées au point qu'il fallait maintenant les dissiper par l'expédition de Maurer. Néanmoins, je me demande ce que Maurer et Gasser ont à faire à Hambourg. Rien.

Le G20 est une association sans légitimité démocratique d'États qui, un peu à l’instar d’un gouvernement mondial, adoptent de manière informelle des directives qui les engagent vaguement, sans règles de procédure fondées sur le droit. Les grandes puissances y maltraitent les petits pays, comme la Suisse. Au sommet du G20 à Londres en 2009, la Confédération avait dû accepter de figurer sur une «liste grise» de places financières à la réputation prétendument douteuse, alors que les États-Unis avec leurs paradis fiscaux interlopes du Delaware et de Floride faisaient ironiquement hypocritement la morale, entre autres, à la Suisse. 6500 délégués et 4000 journalistes sont attendu à Hambourg dans une ville quasiment fortifiée où seront déployés 20 000 policiers et même un porte-avions. Pourquoi ne pas tenir tout simplement le sommet sur le porte-avions? Ce serait moins cher et plus efficace. Les médias allemands estiment que cette rencontre décadente coûtera au bas mot 130 millions d'euros. Le conseiller fédéral Maurer y dînera avec les ministres des Finances. Tant mieux pour lui. Mais qu'est-ce que cela apporte à la Suisse? Les conseillers fédéraux suisses, en particulier ceux de l'UDC attachée à la patrie, ne devraient pas partir en pèlerinage à l'étranger pour participer à de grandes conférences où ils se font récupérer, associer à des responsabilités ou se font avoir tout comme d'autres ministres avant et après eux. Dans le meilleur des cas, la participation de Maurer n'apportera rien. Mais au pire, le scénario le plus probable, il sera associé à l'une de ces décisions absurdes du G20 pour lesquelles la Suisse devra encore payer les pots cassés, d'une manière ou d'une autre. Il fut un temps où nos conseillers fédéraux avaient encore la force de se faire rares et la Suisse de briller par son absence.Je ne fais pas partie de ces journalistes qui prennent plaisir à blâmer à tout bout de champ le ministre de l’Économie, Johann Schneider-Ammann (PLR), devenu une cible de prédilection d'attaques médiatiques médiocres sous les coupoles du Palais fédéral. Je suis heureux que nous ayons au moins un homme au Conseil fédéral qui a dirigé une entreprise privée et qui en a fait l’expérience pendant un certain temps. Il se peut qu'il ait parfois l'air un peu usé et fatigué; à mes yeux, c'est le moins qu'on puisse dire et cela fait partie de la charmante nonchalance bernoise. Il semble qu'il planifie maintenant un grand voyage à travers le monde pour le bien de la Suisse. Il a l'intention de s'arrêter à la mi-juillet à Washington, à l'invitation de la fille du président, Ivanka Trump (35 ans), à laquelle notre ministre de l’Économie (65 ans) veut expliquer en personne les avantages de notre système éducatif dual. Au risque de me répéter, quel est l'intérêt qu'un conseiller fédéral rencontre la fille d'un chef d’État étranger pour lui confier, à domicile, sans contrepartie tangible, pour ainsi dire gratuitement, la formule qui fait le succès de la Suisse? Est-ce que le père d'Ivanka, Donald Trump, accourrait auprès des enfants de nos membres du gouvernement pour leur vanter, un peu comme un vendeur d'aspirateurs représentant officiel de son pays, les avantages et les points forts des États-Unis? J'en doute. Encore une fois, j’ai la sensation désagréable que toute cette diplomatie itinérante du Conseil fédéral sert moins la Suisse que l'ego et les albums photos des ministres en question. Arrêtons!

Le Basler Zeitung a dévoilé cette semaine une histoire qui mérite de s'y intéresser de plus près. Suite à une requête de Didier Burkhalter et Simonetta Sommaruga, le Conseil fédéral veut promulguer une loi pour la création d'une «Organisation nationale des droits de l'homme». Le nouveau bureau recevra chaque année pas moins d'un million de francs de la caisse fédérale. Derrière ce projet, il y a des organisations non gouvernementales et des lobbyistes politiques qui aimeraient bien bénéficier ainsi d'une sorte d'auréole pour eux-mêmes et leurs projets ainsi que d'un avantage sur le terrain politique. Permettez-moi de rappeler que la Suisse verse déjà des millions pour le respect des droits de l'homme dans le monde entier – notamment pour des projets si méritants tels que le développement d'une «Politique du vieillissement en Bosnie-Herzégovine» ou encore là-bas la «Formation en santé sexuelle et reproductive en situations d'urgence». La dernière chose dont la Suisse ait besoin, c'est d'une autre organisation des droits de l'homme financée par des fonds publics qui, sous le couvert des droits de l'homme, veuille être «une voix forte dans l'opinion publique» pour réaliser «des interventions ciblées sur des questions d'actualité». La nouvelle institution dite des droits de l'homme de Burkhalter et Sommaruga n'est rien d'autre qu'un vecteur de propagande pour des causes politiques situées à gauche du centre. Je n'ai rien contre ces causes, mais pas au nom des droits de l'homme, et certainement pas aux frais des contribuables.

L'aspect intéressant de la décision de la Cour suprême des États-Unis de faire entrer partiellement en vigueur l'interdiction controversée de Trump d'entrée dans le pays tient pour l’essentiel au fait que les plus hauts magistrats rappellent à l'ordre, voire infligent un camouflet aux juges subalternes qui s'étaient arrogé le droit de contrecarrer Trump par voie judiciaire, alors que la Constitution accorde le droit au président de renforcer la sécurité des frontières du pays. Loin de moi l'idée de plaider par ce biais en faveur de la création d'une cour constitutionnelle, mais cet exemple permet de constater qu'il y a vraiment des juges et des tribunaux de plus en plus politisés aux États-Unis qui prennent le pouvoir sur des questions clés au sein de l’État. Il est intéressant de constater que la plus haute autorité freine maintenant tout net dans leur ardeur ces affreux juristes.

Roger Koeppel, 6.7.2017

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